19 avril 2009
Hongkong, Universités, Manga
Ces derniers quatre mois, tout s'est passé très vite.
Voici quelques nouvelles de ma part....
Au mois de janvier, j'étais en vacances à Hong Kong pendant trois jours. C'était très cool la ville et j'adorais le paysage. J'espère que je vais avoir l'occasion de publier un article sur ce voyage dans ce blog.
En mars, j'étais en fait en France, à Paris et à Montpellier, pour mon travail. Je restais là-bas pendant trois semaines.
C'était un moment très intéressant pour moi en tant qu'enseignant chercheur, car les universités françaises et les grandes écoles étaient au plein milieu du mouvement social. Pas mal de bâtiments étaient bloqués dans les campus que j'ai visités. Il y a eu plusieurs manifestations et des réunions publiques dans les rues.
Cela m'impressionnait de voir ainsi militer les étudiants et mes collègues français : grèves aux campus, appel de signature, donner des séminaires dans la rue, manifester, etc.
Ici au Japon, on n'a eu une réforme assez similaire il y a cinq ans, mais on ne pouvait pas autant combattre. Tout est fini sous la silence, malgré les efforts de certains de mes collègues pour les critiques et les négociations. Les médias étaient presque muets et l'affaire restait quasi inconnu pour le public.
Selon certains de mes amis français, notre réforme pour le monde universitaire en 2004, cela se ressemblait beaucoup à celle que Sarkozy souhaite par la loi Pécresse, au moins à l'égard de l'"autonomie" des universités et de l'"assouplissement" de la mode de l'emploi des personnels.
Et ce dernier a en effet entraîné la précarisation massive à tous les niveaux dans notre milieu. Maintenant dans le campus, on voit partout une secrétaire qui ne travaille que 3 jours par semaine, ou un archiviste du musée universitaire avec un contrat CDD fixé à 5 ans, etc. Pareil pour les chercheurs enseignants. D'ailleurs, j'en suis une. Ce printemps, millier de personnes sont partis de mon université en raison de sa fin de contrat.
Bon, changeons le sujet.
En ce moment, j'essaie de finir un court manga fanart pour le faire publier dans un dojinshi (fanzine d'Anime), édité par une copine.
C'est juste pour le plaisir, en tant qu'amateur otaku. (Oui, je suis otaku, à un degré assez grave en fait. C'est un petit coming out ici....)
La fanzine est dédiée à Fullmetal Alchemist, dont la nouvelle série Anime a commencé ce début avril chez nous.
Je colle ici une page de mon court manga (qui n'a que 4 pages) juste pour vous amuser.
Le dessin est fait d'abord sur le papier en ancre noir et puis scané. J'utilise Photoshop elements pour achever les détails. La technologie numérique simplifie beaucoup les tâches.
25 décembre 2008
Anti Noël, anti 2009 ?
J'ai lu qu'en France une association se mobilise pour lutter contre le passage à la nouvelle année, bien sûr avec plein d'humour :)
http://www.fonacon.net/
Cela m'a rappelé un mouvement "contre le Noël" au Japon.
Eux, avec une certaine humour, mais aussi avec quelques revendications un petit peu politiques, résistent contre la célébration du Noël...
Ils sont mécontents surtout des tendances spécifiques du Noël japonais: commercialisme (il faut acheter des cadeaux!), hétérosexisme (le Noël pour les adultes japonais, c'est presque une fête des amoureux comme St Valentin, tandis que pour les enfants c'est une occasion de recevoir des cadeaux).
Voici leur manif qui a eu lieu ce 23 décembre à Shibuya, Tokyo.
Une des chansons (avec images) dédiée au mouvement "Annonce de l'annulation du Noël".
Miku Hatsune (vocaloid, logiciel synthétisant la voix humaine) chante: "Le commercialisme gagne tout le monde (japonais). On fête le Noël sans rien savoir sur le Jésus Chris. C'est une fête vraiment vide. Mais cette année, le Noël est annulé. Le Père Noël est en vacances, il ne viendra pas. Et c'est moi qui suis avec toi...(c'est ironique, car Miku n'est qu'une fille virtuelle)"
Bon, mais quand même je vous souhaite tous de bonne fêtes de fin d'année!!
*
P.S. Merci pour vos commentaires et des mails! Je suis désolée de tarder à vous répondre....
10 décembre 2008
Quelle langue voulez-vous apprendre?
Pour les japonais, la langue française reste toujours une de celles attirantes.
Selon cette enquête qui demandent aux 430 personnes au téléphone la question suivante: "quelle langue vous trouvez 'cool' et voulez apprendre pour parler couramment?", le français est placé au rang deuxième(13.0% d'eux trouvent cool et veulent savoir parler), même si il est beaucoup distancé par l'anglais (64.8%).
http://bizmakoto.jp/makoto/articles/0812/09/news049.html
Pour expliquer cet écart avec l'anglais, j'ajoute qu'au Japon, pour l'instant nous n'aurons l'occasion d'apprendre une deuxième langue étrangère qu'à partir de l'université (à partir de l'âge de 18 ans), sauf quelques lycées spécialisés ou établissements privés, tandis que la plupart des japonais apprennent l'anglais pendant 6 ans au collègue et au lycée.
Donc la maîtrise du français leur apparaît donc plus dur et moins vraisemblable que celui de l'anglais.
Cette enquête a en fait la suite. On leur demande "parlez-vous une ou plusieurs langues étrangères?"
Et 67.7% répondent qu'il ou elle n'en parle presque aucune, à part quelques mots ou phrases simples.
On ne peut pas penser que l'enquête, effectuée par une compagnie privée, représente la tendance générale de l'archipel entier, car scientifiquement elle n'a pas de contrôle statistique pour le choix des exemplaires. Pourtant j'admets aussi que le résultat n'est pas trop éloigné de l'impression quotidienne.
Mon opinion?
Tout simplement je trouve qu'il est dommage que mes collègues francophones et moi n'aient aucune possibilité d'être utiles dans le système d'éducation actuel au Japon, malgré la demande potentielle.
Les lycées ne pensent pas avoir les cours du français, et ils ne nous veulent pas car nous n'avons pas de permis d'enseigner au secondaire. Ni les facultés pensent augmenter le nombre des chaires de langues françaises. D'ailleurs, il y a une tendance générale dans les cursus universitaires de diminuer les cours des autres langues étrangères que l'anglais et le chinois, car ils sont préoccupés de "rentabiliser" leurs établissements autant que possible. Le cursus du français est traité un peu comme un objet de luxe dans ce contexte actuel.
P.S. J'ai en fait du mal à traduire la question originaire en japonais 「話せるとカッコイイと思う外国語は何ですか?」
Je pense que la traduction plus exacte est "Quelle langue vous prenez pour la plus cool si vous arrivez à la parler?"
Mais j'ai l'impression que c'est étrange comme phrase en français.
29 octobre 2008
I've come back
Tout d'abord, merci pour vos visites et vos commentaires à mon blog, dont la webmastrice était totalement absente depuis plus de 4 mois.... Et tous mes excuses à ceux qui m'ont envoyé des mails qui me demandent la réponse.
Je me suis renseignée à peu près de ce qui se passe dans mon blog, mais je n'arrivais pas à bien le gérer...
Pendant l'absence, ma vie était plus ou moins calme sauf que j'ai commencé un nouveau travail à mi-temps depuis ce juin dernier, deux jours par semaine à la faculté de mon origine. Comme beaucoup de jeunes chercheurs qui ne trouvent pas tout de suite un poste fixe après l'obtention du doctorat, j'ai été engagé pour aider un projet de recherche organisé par les profs dans ma faculté. Et comme c'est souvent le cas dans un travail de ce genre, il n'était pas très proche de mon propre sujet que j'avais suivi depuis des années. Du coup le travail m'a demandé certains efforts pour m'adapter et en plus, on m'a chargé une grande partie des tâches de la comptabilité du budget du projet, à laquelle je n'étais pas au courant du tout.
À part ce boulot, j'ai aussi travaillé comme enseignant dans deux autres universités chacun pour un séminaire.
Depuis lors, j'ai mené et mène une vie assez fragmentée, partagée environ parmi trois activités suivantes : enseignant de l'histoire des sciences dans deux universités chacun pour 90 min, chercheur pour le projet 2j/s, et ma propre recherche sur l'histoire des sciences du XVIIIe siècle. Les deux premiers me rapportent des sous, mais en réalité, ce qui est le plus important et sera le plus valorisé par les collègues, c'est le dernier. Il faut publier soit des articles soit des livres sur le sujet où je suis le plus fort, pour être qualifié. Il faut donc continuer à écrire même si personne ne t'aide pour l'instant. Si je passe le temps seulement pour enseigner ou pour aider les recherches du projet des autres, qui n'est pas vraiment "le mien", j'aurai du mal à m'en sortir.
Je savais tout ça très bien, mais ce constat m'a assez fatigué.
Et c'est à peu près vers cette période du juin que ma motivation a tout d'un coup baissé pour continuer ce blog et aussi pour l'autre en japonais.
Cela ne veut pas dire que j'étais totalement absente en ligne. En effet, d'autre part j'étais très active dans le domaine de mon hobby. J'ai tchatté avec des ami(e)s virtuell(e)s, échangé des écrits et des dessins avec eux.
Mais je ne me suis plus senti l'envie de consacrer du temps libre pour raconter des choses liées à la réalité, comme politique, société, économie, que je voyais maintenant encadrer plus directement et plus crûment ma condition actuelle qu'avant.
En plus, après la chaleur de l'été, démotivant pour tout, le mois de septembre était très chargé.
C'est juste hier que ça m'a repris la motivation de poster un article ici. Plusieurs éléments m'ont poussé et j'en suis reconnaissante.
Maintenant je me demande ce que je vais écrire sur ce blog.
Déjà depuis le mois de juin, on a constaté trop d'incidents impressionnants dans l'actualité sur la planète. C'est comme si une page est tournée, aussi pour le bon côté, que pour le mauvais.
Par exemple, au Japon, on a constaté en fait le réveil du sentiment social face à la dégradation sans cesse de la condition du travail.
Mais en même moment, la crise économique s'enfonce partout à travers le monde....
De toute façon, il y a beaucoup de choses à réfléchir, à raconter et à partager.
17 juin 2008
Akihabara, travail, etc.
Permettez-moi de commencer par un sujet assez sombre....
Il y a une semaine, un homme à l'âge de 25 ans a agressé plusieurs de personne à Akihabara, d'abord en attaquant la foule par un camion, puis par couteau à la main. Sept personnes étaient mortes par cet acte.
Les réactions étaient vives et diverses, et on est encore sous le choc, en pensant à ce que signifie cette affaire.
Hiroki Azuma, connu par son analyse de la culture otaku, a utilisé le mot « attentat » pour expliquer ce crime, tout en précisant que le jeune ne pouvait jamais éclaircir son propos dans le langage politique, et ne faisait que poster sur un BBS en ligne des milliers de courts messages, fragmentés et même enfantins.
Ancien bon élève, l'auteur du crime était employé précaire en usine après son échec scolaire au lycée. Il semble très stressé de son travail, instable, dans lequel il devait répéter des tâches manuelles monotones tout au debout sauf une pause à 10 minutes toutes les 2 heures, souvent tout seul. Quelques jours avant du crime, il a cru que l'usine allait le licencier (mais en fait ce n'était pas le cas). On sait aussi qu'il était surtout haineux contre les « gagnants » et «ceux qui sont heureux en vie de couple » (point peut-être pas très compréhensible pour les lecteurs francophones, mais de nos jours les statistiques montrent que la précarité donne l'effet direct au taux du mariage au Japon. Comme on associe l'image d'une jolie voiture à la richesse, ici, certains pensent au couple heureux par le mot « gagnant »...)
Comme Azuma, je pense aussi qu'il ne nous faut pas traiter cette affaire comme cas isolé.
La situation autour des jeunes ici est devenue extrêmement difficile depuis ces dix ans. La précarité et l'exclusion sociale sont partout. La violation du droit de travail et l'exploitation sont devenues presque banales.
Il n'est pas exagéré de dire qu'à part quelques minorités de gens qui ont de la chance, beaucoup de jeunes sont en face des options suivantes: soit rester sain et sauf en précarité, soit travailler à plein temps jusqu'à faillir être détruit moralement ou physiquement, ou au pire, travailler comme le dernier mais tout le temps en précarité, comme l'auteur de cet '"attentat".
Et je suis maintenant contente d'arriver à dire ça, avec une vision assez claire et précise.
En effet, cela a commencé depuis longtemps, comme je l'ai écrit, de ma génération, qui est sortie de l'école en pleine crise économique, mais nous étions sans voix, restions en silence, sans savoir comment en expliquer, et voilà enfin un de ses résultats cruels est arrivé. Oui, justement ce que je pense, c'est « enfin, il est arrivé ».
Bon, il n'y a pas que des anecdotes négatives. Cette année 2008, je pense et j'espère que c'est aussi celle du changement de ton. Dans les journaux, on constate de plus en plus d'articles qui traient des problèmes sociaux, les connaissances sur la loi du travail, et les mouvements sociaux par les jeunes retrouvent certaines vivacités....
Je souhaite surtout que la discussion soit approfondie par cette occasion, pour que cela ne soit pas trop tard.
*
.....En écrivant ce texte, cela me revient combien on était bizarrement démuni de la force de contestation jusqu'ici.
Je me souviens aussi avec certaines émotions de plusieurs histoires des mes amis et mes proches, liées à ce problème.
Le plus ancien souvenir remonte jusqu'au début de ce siècle. A l'époque, j'étais avec une fille (j'ajoute que je suis bi), et dès le début de la relation, notre conversation était étrangement difficile: chaque fois au téléphone, elle ne racontait que du problème au travail, surtout de l'excès du travail sans être payé(par exemple, 150 heures supplémentaires par mois, c'est à dire, 12 ou 13h de travail par jour plus quelques samedis ou dimanches). N'étant pas issue d'un milieu favorisé, n'ayant pas de bon diplôme, en plus étant fille, elle était apparemment exploitée dans sa boîte.
Mais ce qui était le plus difficile, c'est qu'elle n'admettait jamais que je parlais de l'injustice, la violation du droit, etc. Elle ne voulait surtout pas m'écouter quand je disais qu'elle n'avait pas besoin de le subir.
Selon elle, c'était la parole d'une étudiante naïve, comme moi, à l'époque, qui ne connaissait pas « la règle du monde ».
Elle voulait être reconnue par son bosse exploiteur, et n'y serait jamais arrivée: elle a quitté son travail, étant tombée complètement dépressive.
Tout récemment aussi, une de mes connaissances en ligne a quitté le travail de la même façon.
Elle était jeune fille, à l'âge de 23 ans, originellement assez fragile, mais son état de santé psychologique était complètement rétabli, quand elle a commencé à travailler après ses études. Mais l'excès du travail l'a brutalement écrasé.
Selon son journal en ligne, elle a pris toujours le dernier train, parfois privée du weekend (au moins 2 fois par mois).
Dans un article juste après son arrêt de travail, elle dit:
« Ayant souffert de la dépression au moment du lycée, j'ai fui de beaucoup de choses. Entrée dans ma vie professionnelle, je me suis dit que je travaillerai avec motivation comme les autres gens normaux et ordinaires. Mais, j'y ai échoué. »
(Les phrases originales sont en japonais. Je les cite en anonymat avec ma traduction en français, sans sa permission, mais j'espère que cela serait toléré.)
Il me rend toujours triste de les relire, car elle n'a vraiment pas besoin de sentir comme cela. C'est son entreprise qui n'était pas normale...
Mon petit frère était aussi victime de la même situation, mais seulement pendant une courte période : il y a quelques semaines, il a été embauché par une entreprise pour restauration avec un contrat CDI. Et ce contrat était rempli des conditions illégales: sans assurance, sans retraites, avec payement des heures supplémentaires fixé à 20000 yens au maximum malgré des heures consacrées.
Résultat: la compagnie l'a jamais fait rentrer avant le dernier train, et il était obligé de travailler 14h par jour, en plus presque tout le temps au debout, car il a aidé ce restaurant dirigé par la compagnie.
Frappé, mon frère a calculé le salaire effectif par heure, et a découvert qu'il travaillait au dessous du SMIC régional (720 yens). Il a demandé à son bosse de changer son contrat de CDI en CDD, car ce dernier va lui permettre le salaire de 1300 yens par heure, presque doublé, avec plus de flexibilité.
Et alors, la direction lui a dit au milieu de la journée: « tu peux rentrer chez toi ». Cela voulait dire qu'elle ne le voulait plus, et qu'il n'aurait pas besoin de revenir le lendemain.
Comme ça, heureusement, il s'en est sorti sain et sauf, mais ce qu'il me raconte m'a laissé un goût amer.
« Enfin, tous étaient victimes là-bas, même le P.D.G. travaillait comme moi. Et ce dernier a été longtemps exploité par son ex-patron, qui est maintenant le plus grand investisseur pour sa compagnie. Ces gens-là, ils ne pourront plus s'en sortir, car c'est trop tard pour eux, ayant longtemps travaillé comme ça. En ce sens, je suis sincèrement désolé pour eux », dit-il.
*
Merci beaucoup pour toutes vos visites et tous vos commentaires ou mails pendant mon abscense sur ce blog.
Je suis désolée de ne toujours pas pouvoir répondre à tous.
Ces derniers temps, le temps passe très vite, et je pense à beaucoup de choses en même temps. Cet article en est une.
Je n'y raconte pas sur ma propre situation concernant le travail, car cela me paraît un peu compliqué pour l'instant. Mais j'espère trouver l'occasion un jour.
